Faux : le supposé plagiat entre le Pr Ndinga-Mbo et le Dr Zoniaba ne tient pas face aux faits! Décryptage.


Enquête sur un scandale académique devenu polémique numérique

Depuis fin novembre, les réseaux sociaux congolais s’enflamment autour d’une accusation de plagiat visant le député Henri Zoniaba Ayimessone, docteur en Histoire de l’Université Marien-Ngouabi. Plusieurs journalistes et influenceurs, dont Christian Perrin, Issongo Patrick, Aristide Mobebissi ou encore Alfred Oniangue, affirment que la thèse de Zoniaba plagie l’ouvrage du professeur Abraham Constant Ndinga-Mbo, historien reconnu.

Les publications virales soutiennent trois idées principales :

  1. La thèse de Zoniaba serait un copier-coller d’un livre du Pr Ndinga-Mbo.
  2. Le scandale serait « avéré », entraînant des appels à la démission du député.
  3. Le professeur Ndinga-Mbo serait victime de son propre doctorant.

Mais les faits disponibles racontent une histoire beaucoup plus complexe.
EDUBRAZZA a examiné les documents, les témoignages et le calendrier des publications.


1. Les faits établis

1.1. La thèse de Zoniaba (soutenue en 2022)

Intitulée : « Les deux Congo et l’OUA dans l’histoire de la lutte de libération de l’Angola », elle est dirigée par le professeur Ndinga-Mbo.
Le directeur de thèse reconnaît avoir :

  • fourni à son doctorant ses propres travaux de recherche,
  • transmis des segments de textes déjà rédigés,
  • guidé la structuration de la thèse.

Ceci est courant dans les écoles doctorales lorsque le doctorant travaille dans le champ exact de recherche de son directeur.

Document de thèse de l'Université Marien-N'gouabi présenté par Henri Zoniaba Ayimessone, portant sur l'histoire de la lutte de libération de l'Angola.

1.2. Le livre du professeur Ndinga-Mbo

Un an après la soutenance, le professeur publie un ouvrage reprenant de larges parties du contenu de la thèse — parfois mot pour mot, selon plusieurs comparaisons circulant en ligne.

Fait important :
Le livre est postérieur à la thèse.
Autrement dit : le texte de la thèse existe avant le livre.

Couverture du livre 'Les deux Congo dans l’histoire de la lutte de libération de l’Angola' d'Abraham Constant Ndinga-Mbo, avec des drapeaux représentant le Congo, le Rwanda et l'Angola sur fond bleu.

1.3. Le professeur reconnaît avoir fourni des contenus

Selon les éléments recueillis par plusieurs journalistes, Ndinga-Mbo aurait admis avoir mis à disposition du doctorant :

  • des notes de recherche,
  • des extraits de manuscrits,
  • des données préparatoires.

Cela signifie que le professeur était co-producteur du contenu intellectuel de la thèse.


2. Le cœur de l’affaire : peut-on accuser le doctorant de plagiat… quand il utilise le matériau fourni par son directeur ?

En droit académique, trois principes font autorité :

Principe 1 —

Un doctorant ne peut être accusé de plagiat envers son directeur pour des contenus que celui-ci lui a expressément transmis.
Le directeur est alors co-auteur ou contributeur majeur.

Références :

  • Charte du Doctorat – Conférence des Présidents d’Université (France), 2016
  • Code de l’Éducation français – Article L612-7
  • Charte Européenne du Chercheur et Code de conduite pour le recrutement des chercheurs (Commission Européenne, 2005)
  • Policy on Supervision of Research Degrees – University of Oxford

Principe 2 —

En revanche, le professeur ne peut pas non plus être accusé de plagiat s’il réutilise ensuite un texte construit sous sa propre direction.

Pour vous en convaincre, veuillez lire notre argumentaire : Pas de plagiat : le livre de Ndinga-Mbo reprend des recherches qu’il avait lui-même fournies à Zoniaba.

Principe 3 —

La seule question déterminante est :
Qui a produit le texte original ?
Or, dans cette affaire, les deux parties reconnaissent que le directeur a transmis son matériau au doctorant et a validé la thèse comme travail académique.

Références

  • WIPO (OMPI) – Enseignement et Propriété intellectuelle, Guide 2018
  • Université de Genève – Directive sur le plagiat et l’intégrité scientifique
  • MIT Academic Integrity Handbook

3. Analyse : qui a plagié qui ?

Hypothèse A — « Zoniaba a plagié le professeur »

Portrait d'un homme en costume gris portant une écharpe tricolore rouge, jaune et vert, avec un fond graphique circulaire aux couleurs du Congo.

Cette accusation serait fondée uniquement si :

  1. le professeur avait publié son ouvrage avant la thèse,
  2. le doctorant avait reproduit ce texte sans autorisation.

Or :

  • le livre est postérieur à la thèse,
  • le professeur a fourni lui-même les éléments utilisés dans la thèse.

Donc l’hypothèse A ne tient pas.

Hypothèse B — « Le professeur a plagié la thèse »

Un académicien en tenue académique prononçant un discours lors d'un événement, avec un fond coloré et un podium portant une inscription sur le 80e anniversaire de Brazzaville.

Techniquement, le livre reprend des passages d’un travail universitaire soutenu et archivé.
Mais :

  • un directeur de thèse peut réutiliser des textes issus d’une recherche qu’il a lui-même supervisée,
  • et dont il a fourni une partie du contenu initial.

Il ne s’agit pas de plagiat au sens strict :
c’est plutôt un chevauchement de production intellectuelle, fréquent dans les sciences humaines lorsqu’un doctorant est intégré aux recherches de son directeur.

Conclusion provisoire

Juridiquement et académiquement, aucun des deux ne peut être accusé de plagiat l’un envers l’autre sur la base des éléments connus. La polémique s’appuie sur une lecture erronée du calendrier ainsi que sur une incompréhension du fonctionnement de la recherche universitaire et du droit académique. EduBrazza décrypte pour vous!


4. Pourquoi la polémique a explosé sur les réseaux sociaux ?

Trois facteurs :

  1. Le profil politique de Zoniaba, qui polarise.
  2. Un manque de communication officielle de l’Université Marien-Ngouabi.
  3. La circulation d’extraits comparatifs qui, sortis de leur contexte, donnent l’impression d’un plagiat manifeste.

Les contenus viraux affirment un « plagiat avéré », alors même qu’aucune instance académique officielle n’a ouvert de procédure, ni contre l’un ni contre l’autre.


5. Évaluation EDUBRAZZA

Le claim : « Henri Zoniaba a plagié le livre du professeur Ndinga-Mbo »

Verdict : Trompeur.

Raisons :

  • le livre est postérieur à la thèse ;
  • le professeur a fourni les textes sources ;
  • la thèse a été validée par un jury incluant le professeur lui-même.

Claim secondaire : « Le professeur a plagié la thèse »

Verdict : Non vérifiable / Hors cadre du plagiat strict.

Le professeur réutilise un matériau de recherche dont il est l’auteur initial.


6. Ce que cette affaire révèle réellement

  • un déficit de gouvernance académique ;
  • un besoin urgent de procédures anti-plagiat institutionnelles au Congo ;
  • un risque de politisation des controverses scientifiques ;
  • une incompréhension généralisée du fonctionnement des thèses dirigées.


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