Fiche de lecture: Pourquoi lit-on si peu au Congo ? Et surtout, à qui la faute ?

À rebours des discours simplistes qui font porter au lecteur la responsabilité du désintérêt pour le livre, cette analyse invite à un déplacement du regard. En croisant les travaux de Michèle Nardi (1983) et de Marc Talansi (1987), elle met en lumière une réalité plus profonde : la crise de la lecture n’est pas d’abord une question de volonté individuelle, mais le produit d’un système historique, politique, économique et institutionnel qui, depuis la période coloniale jusqu’à aujourd’hui, n’a jamais fait du livre et de la lecture un pilier du projet de développement national.

La fiche de lecture ci-dessous propose une synthèse raisonnée de ces deux approches majeures. Elle vise à comprendre les racines structurelles de la situation actuelle, à interroger les choix publics et institutionnels opérés sur le long terme, et à clarifier les responsabilités systémiques qui continuent de peser sur l’accès au livre et à la lecture au Congo.

Une personne lisant un livre, se concentrant sur le texte, avec un autre individu à proximité, dans un environnement naturel.
Une séance de médiation culturelle de la lecture au CS LA CLAIRIERE DES SAINTS
Portrait d'une femme avec des cheveux blonds, assise dans un bureau avec des étagères en arrière-plan. Le texte 'FRANCE-ANTILLES' est superposé sur l'image.

Michèle Nardi est conseiller livre et lecture à la Direction régionales des affaires culturelles (DRAC) aux antilles françaises (2010) – Détentrice d’un diplôme supérieur des Bibliothécaire obtenu à l’Ecole Nationale Supérieure des Bibliothécaires, devenue Ecole Nationale des Sciences de l’Information et des Bibliothèques depuis 1992

Les deux travaux (Nardi, 1983 ; Talansi, 1987) convergent sur un point fondamental :

La lecture n’est jamais une pratique individuelle isolée ; elle est le produit d’un modèle livre–société.

Ainsi, poser la question en termes de « paresse », de « désintérêt culturel » ou de « tradition orale » relève d’une lecture superficielle et idéologique du problème.

Les responsabilités majeures sont plutôt à situer à cinq niveaux :

  1. Le legs colonial (restriction volontaire du livre)
  2. L’État postcolonial (priorité quantitative à l’école, pas qualitative à la lecture)
  3. L’économie politique du livre (absence de filière nationale viable)
  4. Les institutions éducatives (lecture réduite à l’obligation scolaire)
  5. L’environnement matériel et symbolique du lecteur (pauvreté, logement, énergie, temps)

Le lecteur congolais est davantage victime d’un système de désapprentissage du goût de lire qu’acteur principal de la crise.


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