
Cette semaine, Paris accueille la 4e édition du Salon du Livre Africain de Paris, un événement majeur qui met à l’honneur la richesse éditoriale du continent africain et de ses diasporas. À cette occasion, EduBrazza signe cette tribune, voulue comme une modeste contribution au succès de ce rendez-vous littéraire incontournable.
Cette tribune s’articule autour de deux éléments clés : d’une part, la parution du livre « NSAKAMOTS : La technique d’animation littéraire qui rend la pratique de la lecture à l’école vivante et passionnante », et d’autre part, une lecture attentive du catalogue de la 4e édition du Salon du Livre Africain de Paris.

La publication de cet ouvrage, conçu comme un support didactique valorisant une approche innovante de la médiation culturelle de la lecture, vient souligner l’importance croissante de cette dimension dans les politiques de lecture.
Cette actualité met également en lumière une dimension qui gagnerait peut-être à être davantage visible dans les grandes manifestations littéraires : celle de la médiation de la lecture, encore peu mise en avant dans le programme du Salon. Or, comme le rappelle avec justesse un article du Monde intitulé « En Afrique, lire doit être la norme et non l’exception », il devient aujourd’hui essentiel d’intégrer pleinement la médiation culturelle dans la chaîne du livre, afin de faire de la lecture un véritable levier d’émancipation, d’inclusion et de développement.

Lire ne va pas de soi : le livre a besoin d’un passeur
La production éditoriale s’intensifie, les salons du livre se multiplient, les librairies renaissent et les initiatives numériques se développent. Mais une question demeure : comment faire naître et entretenir le goût de lire dans des contextes où le livre reste souvent perçu comme un objet lointain, voire élitiste ?
Le défi de la lecture n’est pas seulement une question d’accès au livre, c’est aussi une question de lien culturel et émotionnel. Lire ne s’impose pas. Lire s’apprend, se goûte, s’ancre dans une expérience partagée. Cette expérience, ce chemin vers le plaisir du texte, c’est la médiation culturelle de la lecture qui le rend possible.
Un maillon oublié dans la chaîne du livre

La chaîne du livre, telle qu’elle est aujourd’hui structurée, se concentre sur quatre pôles : la création, l’édition, la diffusion et la promotion. Mais elle reste incomplète si l’on n’y ajoute pas un cinquième pilier fondamental : la médiation. Car un livre, aussi beau soit-il, ne change rien s’il ne rencontre pas son lecteur. Il faut des animateurs, des bibliothécaires formés, des éducateurs culturels, des clubs de lecture, des lectures publiques, des ateliers d’écriture, des festivals jeunesse… Bref, des actions de terrain qui font vibrer le texte dans les cœurs.
C’est précisément dans cette perspective que s’inscrit le concept NSAKAMOTS, une technique d’animation littéraire née au Congo. Ce dispositif pédagogique innovant propose de replacer le plaisir de lire au cœur de l’expérience scolaire, en stimulant l’imaginaire, la créativité et l’expression orale des élèves. Construit autour d’un jeu de mots rythmé et interactif – NSAKA ? MOTS ! – NSAKA-NSAKA ? NSAKAMOTS ! –, ce rituel ludique devient un levier pour mobiliser les enfants, les inciter à lire et enrichir leur vocabulaire, tout en créant une dynamique collective et joyeuse autour du livre.
À la croisée de la lecture plaisir, de la médiation culturelle et de l’éducation populaire, NSAKAMOTS illustre parfaitement ce que pourrait être une nouvelle génération de pratiques de lecture en Afrique : vivantes, participatives et inclusives. Il démontre qu’au-delà des politiques d’édition, c’est aussi par l’innovation culturelle et la valorisation des méthodes locales que la lecture peut devenir un acte partagé et quotidien.
Valoriser les métiers de la lecture, pas seulement ceux du livre
Aujourd’hui, il est temps de professionnaliser et financer la médiation culturelle de la lecture au même titre que les autres métiers de la chaîne du livre. Car ces passeurs de livres sont des acteurs culturels essentiels : ils traduisent les textes en émotions, en dialogues, en partages. Ils font de la lecture une pratique sociale et populaire, et non une affaire de spécialistes.
À ce titre, les politiques du livre doivent devenir aussi des politiques de lecture, avec des budgets spécifiques, des formations dédiées et des dispositifs d’animation littéraire dans les écoles, les quartiers, les bibliothèques, les marchés, les villages.
Un enjeu éducatif, culturel et citoyen
La médiation de la lecture est une clé pour renforcer l’éducation, lutter contre l’illettrisme, valoriser les langues locales, stimuler l’imaginaire des enfants, mais aussi favoriser l’esprit critique et la citoyenneté. Dans un monde saturé d’images et de contenus éphémères, le livre doit redevenir une ancre, un refuge, un tremplin.
Mais cela ne se décrète pas dans les discours : cela s’organise, se planifie, se finance, se vit sur le terrain.
Conclusion : pour une révolution silencieuse du livre par la lecture
Il ne suffit pas d’imprimer des livres pour bâtir une société de lecteurs. Il faut créer les conditions humaines et sensibles de leur réception. Si nous voulons que la lecture devienne une norme, faisons de la médiation culturelle un pilier central de nos stratégies éditoriales et culturelles.
Le livre ne suffit pas. Il a besoin d’une voix. Donnons-lui cette voix.
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